Les Espagnols de Sées sous la surveillance de la police de Vichy
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Usage pédagogique
- Date du document : 09/09/1942
- Référence : 1 W 38
- Matière(s) : Histoire
- Lieu(x) : Alençon , Sées
- Période(s) : De 1914 à nos jours
Présentation :
Ce document est produit par les Renseignements Généraux (RG), le service de police chargé de surveiller l’opinion afin de prévenir les troubles à l’ordre public. Il s’agit d’un des nombreux rapports que ces services ont rédigés sur les réfugiés espagnols du département. Dès leur arrivée en 1939, avant même le déclenchement de la guerre, ces derniers sont placés sous surveillance. La plupart d’entre eux se sont résolument engagés du côté des Républicains espagnols contre les franquistes ; beaucoup aussi étaient affiliés à des organisations communistes ou anarchistes. Ils suscitent donc la méfiance des services de renseignement qui surveillent étroitement tous les groupes politiques considérés comme radicaux. Suite au pacte germano-soviétique, le parti communiste français et les organisations qui en dépendent sont dissous le 26 septembre 1939 et la surveillance se renforce. Elle s’accroît sous Vichy, qui, plus encore que la République, se méfie des communistes et des étrangers, et collabore volontiers avec les services allemands qui ont les mêmes ennemis.
Daté du 8 septembre 1942, le rapport est signé de l’inspecteur Kettner ; au sein du « commissariat spécial » d’Alençon (les RG), il est chargé de la surveillance des communistes et des réfugiés Espagnols. Le 1er septembre, la direction régionale des RG, à Rouen, a demandé aux policiers d’Alençon de mener une enquête sur les Espagnols de Sées soupçonnés d’avoir appartenu à la Fédération Anarchiste Internationale et d’avoir créé en France une « organisation illégale ». Informés de la constitution des FTP-MOI, les policiers français sont alors à la recherche de leurs déclinaisons locales. Cette répression policière sert les objectifs politiques de Vichy tout autant que ceux des autorités allemandes.
D’après le rapport, les indicateurs de l’inspecteur Kettner au sein de la communauté espagnole de Sées n’ont pas appris que certains réfugiés ont intégré l’Union nationale espagnole, ni qu’ils ont constitué un groupe de FTP-MOI (voir la présentation du rapport Saniez). S’il n’est pas possible d’établir avec certitude la chronologie de cette progressive structuration de la résistance, il semble toutefois très vraisemblable que, à la date du rapport, cette organisation existe pourtant bel et bien. Les informateurs des RG donnent toutefois le nom de ceux que l’on soupçonne d’avoir appartenu à des « groupements avancées », c'est-à-dire d’extrême gauche, et qui forment effectivement le noyau de la résistance à Sées.
Dans cette liste figurent notamment Angel Ruiz et Luis Guinar (Guimar selon certaines sources). Ce sont d’anciens membres du parti communiste espagnol ; ils reçoivent depuis 1939 une aide du Mexique qui, depuis 1936, soutient la cause républicaine. Tous deux amputés, ils sont membres de la Ligue des mutilés et invalides de la guerre d’Espagne qui a constitué l’une des premières organisations de solidarité clandestine. Le rapport mentionne également Manuel Somecarrera, ancien journaliste, anarchiste, qui fait l’objet de nombreux rapports, ainsi que Pedro Miguel et Francisco Ramon. On pourra se reporter pour plus d’informations aux documents en lien avec ces personnes. Quelques jours plus tard, Ruiz, Guinar, Miguel et Ramon seront arrêtés et placés en détention à Voves.
AD 61 - 1 W 38 rapport RG 8-9-42.pdf