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Angel Ruiz en détention dans le camp de Voves

  • Usage pédagogique Usage pédagogique
  • Date du document : 14/01/1943
  • Référence : Arch. dép. d'Eure-et-Loir, 106 W 27
  • Matière(s) : Histoire
  • Auteur(s) : Préfecture d'Eure-et-Loir
  • Lieu(x) : Sées , Voves (Eure-et-Loir)
  • Période(s) : De 1914 à nos jours

Présentation :

Ce document, aimablement communiqué par les Archives départementales d’Eure-et-Loir, illustre les méthodes utilisées par le régime de Vichy pour se débarrasser de ses adversaires politiques et, a fortiori, des résistants. Il s’agit d’un arrêté du préfet d’Eure-et-Loir, Pierre Le Baube, qui, le 14 janvier 1943, met un terme à la détention administrative d’Angel Ruiz ordonnée quelques mois auparavant par le préfet de l’Orne, Georges Bernard.

En effet, un décret-loi de 1939 permet l’enfermement par simple arrêté préfectoral, sans passer donc par une procédure judiciaire, de tous les individus considérés comme « dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique. » Ce dispositif mis en place par la IIIe République est largement utilisé par Vichy à l’encontre de ceux - ils sont nombreux - que le régime soupçonne de lui être hostiles. C’est ainsi que, comme on peut le lire sur ce document, le préfet de l’Orne a pris « l’arrêté du 24 septembre 1942 prescrivant l’internement administratif du nommé Ruiz Angel. »

Selon les témoignages rassemblés après la guerre par Jean Vigile (fonds 41J), Angel Ruiz fut « l’âme de la Résistance espagnole de Sées ». Né le 13 mars 1906 à Venta del Moro près de Valence, il exerce d’abord la profession de « commerçant en confection » puis celle de secrétaire général de mairie avant la guerre d’Espagne. Et il est membre du parti communiste espagnol ; en février 1939, il fait donc partie, avec sa concubine Margarita Uele et leur fils, des 500 000 Espagnols qui se réfugient en France pour échapper à la répression franquiste. Après un probable passage dans l’un des camps de concentration où s’entassent les réfugiés lors de la Retirada, ils arrivent à Caen en mars 1939, puis résident à Arromanches jusqu’en mai 1940 ; après un séjour dans le centre de réfugiés de Notre-Dame d’Aspres, ils sont installés en mars 1941 dans le Petit Séminaire de Sées avec les autres réfugiés espagnols. En mai 1941, il demande à rejoindre le Mexique mais les autorités françaises refusent de le laisser quitter le territoire. 

Depuis une date inconnue, Angel Ruiz est amputé de la jambe gauche. Lors de son arrivé en France, il déclare aux autorités françaises que cette infirmité est la conséquence d’un accident du travail et qu’il n’a pas pris part aux combats contre les troupes nationalistes. Il n’est pas interdit d’en douter. Quoi qu’il en soit, il est membre de la Ligue des mutilés et invalides de la guerre d’Espagne qui constitue l’une des premières organisations de solidarité clandestine (voir le document précédent). Luis Guinar, également mutilé et réfugié à Sées, fait aussi partie de cette association.

Angel Ruiz, Luis Guinar, Francisco Ramon, Pedro Miquel et quelques autres forment à Sées un premier noyau de résistance. Comme souvent pour la Résistance, nous n’avons pas de document qui permette d’établir avec exactitude quel fut leur activité. On sait toutefois qu’ils sont entrés en contact avec Paul Saniez qui, à partir de juin 1941, organise les réseaux communistes clandestins dans la région de Flers. Selon Saniez (voir son rapport présenté plus haut), le groupe des Espagnols de Sées organise très tôt la diffusion de tracts anti-allemands et le « sabotage de la machine de guerre hitlérienne ». Ils veillent aussi à ce que les familles des camarades internés en France ou déportés reçoivent un soutien matériel. 

Les archives de la préfecture montrent qu’Angel Ruiz était étroitement surveillé. Dès le 12 février 1941, il est signalé dans un rapport des Renseignements Généraux (RG) comme l’un des meneurs de la contestation que les réfugiés de Notre-Dame d’Aspres expriment contre leurs conditions d’hébergement. La police française sait aussi qu’il a appartenu au parti communiste et le soupçonne de mener des actions clandestines. Ces soupçons, formulés notamment dans le rapport des RG du 8 septembre 1942 présenté plus haut, entraînent son arrestation et son placement en détention au camp de Voves le 24 septembre suivant. Il est arrêté en même temps que ses camarades Luis Guinar et Francisco Ramon (voir les documents suivants). Le 10 décembre suivant, c’est au tour de Pedro Miquel d’être interné à Voves. Ce camp, situé à 25 km au sud de Chartres, est aménagé en 1939 ; différentes catégories de prisonniers y seront enfermées ; à partir de janvier 1942, Vichy y emprisonne en majorité des détenus politiques. 

Cependant, comme ses camarades, Angel Ruiz se garde bien de reconnaître ses activités clandestines et la police ne parvient pas à prouver son implication dans les mouvements de résistance. De plus, le directeur du camp estime que la présence d’un mutilé dans le camp risque de nourrir la contestation. Aussi, après plus de trois mois de détention, Angel Ruiz est libéré le 12 février 1943, cinq jours avant Luis Guinar. Il revient à Sées et s’installe rue d’Argentan avec Margarita et leur enfant. Il reprend alors son activité clandestine et organise notamment la solidarité entre les réfugiés espagnols. Il aurait aussi participé au sauvetage des aviateurs américains abattus le 4 juillet 1943 à Belfonds, à quelques kilomètres de Sées. Il apporte également son aide à des Russes prisonniers des Allemands et évadés.

Thématique(s) :
Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire