Pedro Miguel, mort au camp de Voves
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Usage pédagogique
- Date du document : 27/07/1943
- Référence : Arch. dép. d'Eure-et-Loir, 106 W 45
- Matière(s) : Histoire
- Lieu(x) : Sées , Voves (Eure-et-Loir)
- Période(s) : De 1914 à nos jours
Présentation :
Ce document, aimablement communiqué par les Archives départementales d’Eure-et-Loir, est un courrier rédigé le 12 juillet 1943 par Milagro Miguel pour demander la libération de son époux, Pedro Miguel Ripoll, alors enfermé dans le centre de détention de Voves. Pedro Miguel (souvent orthographié Miquel) fait partie du groupe des résistants espagnols de Sées victimes de la répression de Vichy.
Pedro Miguel est né le 30 mai 1900 à Alicante en Espagne. Il fait des études de droit, obtient son doctorat et devient avocat. Le 11 février 1933, il épouse Milagro Batalla, l’autrice de cette lettre ; leur fils Pedro naît un an après. D’après un rapport des Renseignements Généraux (RG) daté du 8 octobre 1942 (téléchargeable en pdf ci-dessous), Pedro Miguel est membre de la Ligue des droits de l’Homme et fait partie de la franc-maçonnerie espagnole. Cela le désigne clairement comme un partisan de la gauche républicaine espagnole même s’il affirme à la police française n’avoir aucune appartenance politique. Pendant la guerre civile, il est policier à Barcelone, une ville tenue par le parti communiste.
Le 31 janvier 1939, après la chute de Barcelone, dernier bastion républicain, il se réfugie en France pour échapper à la répression franquiste. Il est probable qu’il soit d’abord passé par l’un des camps où la France entasse les réfugiés républicains espagnols de la Retirada puis, après un passage par Bayeux, il arrive avec sa famille dans le centre des réfugiés espagnols de Sées, au Petit Séminaire. Là, il fait partie avec Luis Guinar, Angel Ruiz, Francisco Ramon et quelques autres du premier noyau de résistance organisé par les Espagnols. Comme souvent pour la Résistance, nous n’avons pas de document qui permette d’établir avec exactitude quel fut leur activité. On sait toutefois qu’ils sont entrés en contact avec Paul Saniez qui, à partir de juin 1941, organise les réseaux communistes clandestins dans la région de Flers. Selon Saniez (voir son rapport présenté plus haut), les Espagnols de Sées organisent très tôt la diffusion de tracts anti-allemands et le « sabotage de la machine de guerre hitlérienne ». Ils veillent aussi à ce que les familles des camarades internés en France ou déportés reçoivent un soutien matériel.
Les Espagnols de Sées sont étroitement surveillés par la police de Vichy. Ainsi, Pedro Miguel est signalé dans le rapport des RG du 8 septembre 42 (présenté précédemment) comme un ancien membre supposé du Parti communiste espagnol. Il échappe cependant à la première vague d’arrestations qui frappe le 24 septembre ses camarades Luis Guinar, Angel Ruiz et Francisco Ramon (voir notices précédentes). Le 10 octobre, le rapport des RG évoqué plus haut indique qu’il est un « individu douteux, à surveiller ». Le 3 décembre suivant, le préfet de l’Orne, Georges Bernard décide de l’enfermer au camp de Voves (Eure-et-Loir).
En effet, depuis un décret-loi de 1939, un simple arrêté préfectoral, sans procédure judiciaire, permet le placement en détention administrative de tous les individus considérés comme « dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique. » Ce dispositif mis en place par la IIIe République est largement utilisé par Vichy à l’encontre de ceux - ils sont nombreux - que le régime soupçonne de lui être hostiles. Le « camp de détention surveillée » de Voves, à 25 km au sud de Chartres, est aménagé en 1939 ; différentes catégories de prisonniers y seront enfermées ; à partir de janvier 1942, Vichy y emprisonne en majorité des détenus politiques.
Cependant, comme ses camarades Ruiz et Guinar, Pedro Miguel se garde bien de reconnaître ses activités clandestines et la police ne parvient pas à prouver son implication dans les mouvements de résistance. Une procédure de libération est donc engagée en mai 1943. Pedro Miguel s’engage, s’il est libéré, à rester parfaitement neutre et à respecter l’ordre politique français. Pierre Le Baube, préfet d’Eure-et-Loir, adresse donc à Paris un avis favorable à sa libération. Pourtant, pour des raisons que nous ignorons (une dénonciation ?), la procédure n’aboutit pas et c’est pourquoi Milagro Miguel écrit au préfet le 12 juillet. Dans un français maladroit, elle tente de faire valoir la santé fragile de son époux. Hélas, sa requête reste sans effet et le 13 août 1943, Pedro Miguel meurt dans le camp de Voves.
On trouve dans son dossier conservé aux Archives d’Eure-et-Loir (AD 28 106 W 25) une note destinée à la gendarmerie de Sées : elle doit prévenir Angel Ruiz afin qu’il se charge d’annoncer à Milagro le décès de son mari. La note précise : « dire qu’il était malade et est mort dans son lit. » ; impossible de savoir si c’est bien la vérité. Quoi qu’il en soit, après Francisco Ramon, Pedro Miguel est la seconde victime de la répression vichyste parmi les Espagnols de Sées.
AD 61 - 1 W 38 rapport RG 8-10-42.pdf