Luis Guinar en détention au camp de Voves
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Usage pédagogique
- Date du document : 29/01/1943
- Référence : Arch. dép. d'Eure-et-Loir, 106 W 21
- Auteur(s) : Préfecture d'Eure-et-Loir
- Lieu(x) : Sées , Voves (Eure-et-Loir)
- Période(s) : De 1914 à nos jours
Présentation :
Ce document est issu du fonds du camp d’internement de Voves, conservé aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. Comme le précédent (au sujet d’Angel Ruiz), il illustre les méthodes utilisées par le régime de Vichy pour se débarrasser de ses adversaires politiques et, a fortiori, des résistants. Il s’agit du procès-verbal d’audition de Luis Guinar, réalisé le 29 janvier 1943 dans le camp de Voves, afin de déterminer s’il peut être mis un terme à sa détention administrative.
On l’a vu pour Angel Ruiz : depuis 1939, un décret-loi permet l’enfermement par simple arrêté préfectoral, donc sans passer par une procédure judiciaire, de tous les individus considérés comme « dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique. » Ce dispositif mis en place sous la IIIe République est largement utilisé par Vichy à l’encontre de ceux - ils sont nombreux - que le régime soupçonne de lui être hostiles. C’est ainsi que Luis Guinar est enfermé le 24 septembre 1942 par un arrêté du préfet de l’Orne qui le soupçonne d’activités hostiles au régime.
Ce document résume l’essentiel des informations que nous avons sur Luis Guinar. Il est né le 23 septembre 1905 à Tarragone en Espagne. En 1943, il est marié et père de deux enfants de 13 et 12 ans. On sait peu de choses sur sa vie en Espagne. D’après ses déclarations, il travaillait comme docker et était membre d’un syndicat proche du parti socialiste. Le rapport des RG présenté précédemment et daté du 8 septembre 1942 affirme qu’il était membre du parti communiste. Communiste ou socialiste, on ne tranchera pas, mais il est certain que Luis Guinar était du côté des Républicains contre les nationalistes de Franco. Et s’il affirme qu’il n’a pas participé à la guerre, c’est peut-être par prudence puisqu’il sait que Vichy n’a aucune sympathie pour les combattants républicains espagnols. On notera cependant qu’il est « amputé au deux tiers de l’avant-bras droit » (blessure de guerre ?) et qu’il bénéficie à ce titre du soutien de la Ligue des mutilés qui vient en aide aux soldats républicains blessés et devient aussi l’une des premières organisations de solidarité clandestine en France.
Le 8 février 1939, Luis Guinar et sa famille se réfugient en France pour échapper à la répression franquiste. Après un passage par le camp de Bram, dans l’Aude, il arrive à Sées à une date inconnue. C’est là qu’il rencontre Angel Ruiz, Francisco Ramon, Pedro Miquel et quelques autres avec qui il forme un premier noyau de résistance. Comme souvent pour la Résistance, nous n’avons pas de document qui permette d’établir avec certitude quel fut leur activité. On sait toutefois qu’ils sont entrés en contact avec Paul Saniez qui, à partir de juin 1941, organise les réseaux communistes clandestins dans la région de Flers. Selon Saniez (voir son rapport présenté plus haut), le groupe des Espagnols de Sées organise très tôt la diffusion de tracts anti-allemands et le « sabotage de la machine de guerre hitlérienne ». Ils veillent aussi à ce que les familles des camarades arrêtés et/ou déportés, reçoivent un soutien matériel, notamment via la ligue des mutilés.
Les documents issus des fonds de la préfecture montrent que les membres du groupe étaient étroitement surveillés. La police française soupçonne Luis Guinar de mener des actions clandestines. Ces soupçons, formulés notamment dans le rapport des RG du 8 septembre 1942, entraînent son arrestation et son placement en détention au camp de Voves le 24 septembre suivant. Il est arrêté en même temps que ses camarades Angel Ruiz et Francisco Ramon. Le 10 décembre suivant, c’est au tour de Pedro Miquel d’être interné à Voves. Ce camp, situé à 25 km au sud de Chartres, est aménagé en 1939 ; différentes catégories de prisonniers y seront enfermées. A partir de janvier 1942, on y interne en majorité des détenus politiques.
Cependant, comme ses camarades, Luis Guinar se garde bien d’avouer sa participation à des activités clandestines et la police ne parvient pas à prouver quoique ce soit. En outre, on peut lire dans ce procès-verbal que son comportement au camp donne toute satisfaction. Le policier auteur du procès-verbal le présente aussi comme un individu rustre « qui ne semble pas très dangereux au plan politique. » Enfin, Luis Guinar s’engage également à ne pas faire de propagande si on le libère et à reprendre son travail de charbonnier. Or la France manque de main d’œuvre. Pour toutes ces raisons, il est donc libéré le 17 février 1943, cinq jours après son camarade Angel Ruiz. Il revient à Sées, à son domicile, 13, rue du docteur Hommey. D’après le rapport de Paul Saniez, Guinar et Ruiz reprennent leurs activités clandestines, et notamment l’organisation de la solidarité entre les réfugiés.
AD 28 - 106W21 - libération Luis Guinar.pdf