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Les résistants espagnols volent une importante quantité d'explosifs

  • Usage pédagogique Usage pédagogique
  • Date du document : 5/02/1943
  • Référence : Arch. Dép. Orne, 1 W 80
  • Matière(s) : Histoire
  • Auteur(s) : Ministère de l'Intérieur , Renseignements généraux
  • Lieu(x) : Flers , Saint-Clair-de-Halouze
  • Période(s) : De 1914 à nos jours

Présentation :

Ce document permet d’évoquer l’une des actions les plus spectaculaires menées avec la participation des résistants espagnols du groupe des FTP de Flers, à savoir le vol de 250 kg d’explosifs dans les réserves des mines de Saint-Clair-de-Halouze. Il s’agit du rapport final rédigé au terme de son enquête par le commissaire de police de Sûreté de Paris, un nommé Vilchien, à destination de son supérieur, le commissaire divisionnaire, chef du service régional de police de Sûreté. Il permet donc d’établir les faits et d’en désigner les auteurs. Le document complet est disponible ci-dessous au format pdf.

Ainsi, le rapport nous apprend que, dans la nuit du 17 au 18 novembre 1942, des résistants communistes parisiens, guidés par des communistes espagnols du groupe FTP-MOI de Flers, José Espeletta (ou Espeleta) et Pedro Peregort, cambriolent la réserve d’explosifs (dynamitière) de la mine de Saint-Clair-de-Halouze. Après avoir neutralisé le gardien et désactivé le système d’alarme, ils s’emparent de douze caisses, contenant au total 224 kg d’ablonite et 20 kg de tolamite. Dans les jours qui suivent, ils ramènent en plusieurs voyages et par différents modes de transport les explosifs en région parisienne. L’équipe parisienne est formée de membres du Groupe Spécial d’Exécution (GSE) et du Groupe Spécial de Récupération (GSR) qui, au sein de l’appareil communiste clandestin, sont chargés d’organiser les actions de résistance et leur logistique.

Le succès de cette opération repose sur la participation de José Espeletta et Pedro Peregort. Ce sont tous deux d’anciens combattants républicains espagnols réfugiés en France lors de la Retirada (voir les documents suivants pour une présentation plus détaillée de ces deux personnalités). Après un passage dans les camps du Sud de la France, ils arrivent en Normandie en 1940. A l’automne 1941, ils rejoignent les résistants communistes de Flers. Grâce à leurs contacts dans les mines et les chantiers de bucheronnages, ils commencent à récupérer de petites quantités d’explosifs, utilisés par exemple contre la vitrine de la Légion tricolore (voir document précédent). Ils entrent aussi en contact avec Paul Saniez, le chef de cette Résistance communiste fléroise.

Installé d’abord en région parisienne, la famille Saniez est arrivée dans l’Orne, à Saint-Georges-des Groseillers, tout près de Flers, en 1939. Paul Saniez trouve un emploi dans l’usine d’électronique (SIPL) de Planquivon. Il tisse rapidement des liens avec les communistes ornais mais conserve aussi ses contacts en région parisienne. C’est ainsi qu’il reçoit en septembre ou octobre 1941 la visite de Pierre Georges, alias « colonel Fabien », ancien des Brigades Internationales et cadre de la résistance communiste. Par l’intermédiaire d’Eliane Saniez, la fille de Paul, Pierre Georges prend contact avec Peregort et Espeletta qui lui fournissent de petites quantités d’explosifs. Il semble que c’est dès cet automne 1941 que germe le projet d’une opération de plus grande envergure.

Le cambriolage de l’automne suivant est un succès opérationnel incontestable et dans l’immédiat, la police de Vichy n’a aucune piste. Cependant, comme on peut le lire dans le rapport, une série d’arrestations opérées du 10 au 12 janvier 1943 permet d’obtenir les noms des membres de l’équipe parisienne qui seront tous arrêtés, interrogés puis remis aux autorités allemandes et enfin, pour certains, déportés. A la date du rapport cependant, les deux résistants espagnols sont encore libres, mais ils sont identifiés et ne tarderont pas à être arrêtés à leur tour et déportés (voir les documents suivants). 

Signalons pour terminer que les Archives départementales conservent d’autres documents relatifs à cette opération, qui peuvent être communiquées aux collègues qui souhaiteraient les exploiter avec leurs élèves. On pourra aussi trouver des compléments d’information sur le DVD édité par l’AERI en 2005, La Résistance dans l’Orne, ainsi que sur les sites du Maitron en ligne et du Dictionnaire Biographique des victimes du nazisme en Normandie.