José Riestra, résistant espagnol assassiné
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Usage pédagogique
- Date du document : 21/10/1944
- Référence : Arch. Dép. Orne, 533 W 14
- Matière(s) : Histoire
- Auteur(s) : gendarmerie nationale
- Lieu(x) : Saint-Évroult-Notre-Dame-du-Bois , Touquettes
- Période(s) : De 1914 à nos jours
Présentation :
Ce document contient l’essentiel de ce que nous savons au sujet de José Riestra, Espagnol membre de la Résistance, exécuté par les Allemands le 8 juillet 1944. Il est disponible ci-dessous dans son intégralité au format pdf.
C’est le procès-verbal des auditions réalisées par la gendarmerie nationale le 21 octobre 1944, pour identifier les auteurs et les circonstances de l’assassinat de trois résistants, dont José Riestra, au lieu-dit le Bois Massot dans la commune de Touquettes située au Nord-Ouest de L’Aigle. Cette enquête s’inscrit dans le cadre de l’épuration légale menée après la Libération : à partir de l’automne 1944, les autorités lancent de très nombreuses procédures pour sanctionner la collaboration des Français et, dans une moindre mesure, les crimes commis par les forces d’occupation allemande.
Les témoignages recueillis par les gendarmes permettent d’établir la trame des événements, que nous complèterons par des informations recueillies dans d’autres documents. Le 8 juillet 1944, la police politique allemande (Sipo-SD), appuyée par les supplétifs français de Bernard Jardin et des soldats de la Wehrmacht, lance une attaque contre une ferme où se cachent deux hommes. Nous savons qu’il s’agit de Roger Boudon et Auguste Lefèbvre. Roger Boudon est le chef du Bureau des Opérations Aériennes (BOA) d’Orgères ; cette organisation, créée en 1943, a pour mission de coordonner les parachutages organisés depuis Londres. Auguste Lefèbvre fait également partie du BOA, tout comme José Riestra, « l’homme habillé en bleu de chauffe », évoqué par Jules Fresnais, « qui avait été arrêté quelques jours auparavant par les miliciens et la gestapo. »
Comme l’écrit Sébastien Beuchet dans la notice du Dictionnaire biographique des Victimes du nazisme qui lui est consacrée, on sait peu de choses sur José Riestra. Il est né le 23 avril 1897 à Mieres del Camino en Espagne, dans la région des Asturies. En 1944, il travaille au service de la Société Mancelle des Combustibles. On ignore quand et comment il est arrivé en France. Fait-il partie des Espagnols exilés lors de la Retirada ? Quand et comment s’est-il engagé dans la Résistance ?
Quoi qu’il en soit, le témoignage de Jules Fresnais nous apprend que le 6 juillet 1944, des miliciens français ont investi le village de Saint-Evroult-Notre-Dame-des-Bois. Ils étaient, dit-il, à la recherche du chef local de la résistance, Bernard Gérôme. Ils recherchaient également un dépôt d’armes ainsi que Roger Boudon qui leur avait échappé de justesse quelques jours auparavant. Dans son témoignage recueilli par les gendarmes, Bernard Gérôme, raconte que José Riestra, lorsqu’il a appris l’arrivée des miliciens, s’est empressé de venir l’en avertir. Et il ajoute : « Cet homme m’a sauvé la vie par son dévouement. » Malheureusement, alors qu’il quittait le village à bicyclette, José Riestra est arrêté par les miliciens qui, en se faisant passer pour des résistants, étaient par ailleurs parvenus à arrêter d’autres personnes dans le village.
Il est immédiatement torturé puis emmené à Alençon avec les autres résistants arrêtés à Saint-Evroult. José Riestra est de nouveau atrocement torturé à la prison des Ducs, par la Sipo-SD cette fois, et il finit par avouer qu’il connaît la cachette de Roger Boudon. Le 8, il a donc conduit les Allemands et les miliciens français à la ferme du Bois-Massot. Roger Boudon et Auguste Lefebvre sont tués au cours de l’attaque. José Riestra quant à lui est exécuté par un certain Chapron, membre des auxiliaires français du SD, à en croire le témoignage de Madeleine Gérôme. Son corps est laissé sur place.
Ce sinistre épisode illustre la terrible répression menée par les Allemands et leurs auxiliaires français au cours de l’été 1944. C’est alors que les pertes sont les plus élevées dans la Résistance dont les membres opèrent désormais au grand jour contre les Allemands. Il montre aussi le courage et le dévouement de José Riestra, arrêté en prenant le risque d’aller prévenir Bernard Gérôme. Il montre enfin que, face à la torture, même les plus courageux pouvaient plier.
Signalons pour terminer que les Archives départementales conservent d’autres documents relatifs à cette affaire. On peut aussi pour compléter consulter les notices du Dictionnaire biographique des Victimes du nazisme consacrées à Roger Boudon, Auguste Lefebvre et Pierre Desfresnes, ainsi que le DVD de l’Aeri consacré à La Résistance dans l’Orne, paru en 2005.
AD 61 - Touquettes - 533 W 14.pdf