Vassili Kaznatcheyff, un Russe mort pour la France dans un maquis ornais
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Usage pédagogique
- Date du document : 5/8/1944
- Référence : Arch. Dép. Orne, 3E2/005/38
- Matière(s) : Histoire
- Lieu(x) : Appenai-sous-Bellême , Saint-Cyr-la-Rosière
- Période(s) : De 1914 à nos jours
Présentation :
Le document présenté (on en trouvera la transcription ci-dessous) est l’acte de décès d’un inconnu enregistré le 5 août 1944 à Appenai-sous-Bellême par le maire de la commune. A notre connaissance, c’est la seule source primaire conservée aux Archives départementales qui permette d’évoquer un résistant russe, presque inconnu en effet : Vassili Kaznatcheyff.
Lorsqu’il rédige son acte, le maire d’Appenai-sous-Bellême, renseigné par un paysan de la commune, ne connaît pas l’identité du défunt. Il sait seulement qu’il s’agit d’un Russe et indique que « le corps et les vêtements ont été carbonisés. »
Pour présenter ce qu’il s’est passé, nous nous référons à la notice rédigée par Yves Duprez pour Vassili Kaznatcheyeff dans le Dictionnaire biographique des victimes du nazisme en Normandie. Yves Duprez s’appuie sur des récits de résistants recueillis après la guerre. On comprend que « l’inconnu » de l’acte de décès a été tué lors de l’attaque de la ferme des Corbinières par les soldats allemands, guidés par la Sipo-SD et ses auxiliaires français. La ferme abritait un groupe de maquisards venus de Saint-Hilaire-sur-Erre. Au cours des semaines précédentes, ils avaient multiplié les opérations contre les Allemands et les collaborateurs. Ils ont donc attiré l’attention des services de sécurité allemands qui finissent par les localiser et lancent l’attaque au matin du 4 août 1944.
Yves Duprez écrit : « Le groupe de résistants se défend pendant environ un quart d'heure, laps de temps au cours duquel Basile Kaznatcheyeff est tué. Face à la puissance de feu des assaillants, le chef, Vaudron ordonne le décrochage. Sous sa conduite, sept hommes réussissent à passer en force mais trois de leurs camarades sont restés aux mains de l'ennemi : Etienne Aubry, Maurice Hérault et Roland Vincent ». Les Allemands arrêtent ensuite René Brouard et le conduisent à la ferme des Corbinières. Il y est exécuté, de même que les trois hommes capturés lors de l’attaque. « Le 5 août, ils sont retirés des décombres et provisoirement inhumés au cimetière communal où Basile Kaznatcheyeff et René Brouard reposent toujours. »
Comment Basile Kaznatcheyeff est-il arrivé dans ce petit village de Normandie, à des milliers de kilomètres de chez lui ? Comment s’est-il trouvé intégré dans un maquis de la Résistance ? Yves Duprez propose une réponse : « Tout laisse à croire qu’il s’agit d’un prisonnier de guerre évadé ou d’un déserteur des Osttruppen, ces formations supplétives armées de l’armée allemande recrutées à partir de 1942 parmi les prisonniers de guerre soviétiques appartenant généralement aux minorités ethniques de l'URSS. Dans les premiers mois de 1944, Basile Kaznatcheyeff intègre un groupe de résistants d'une quinzaine d'hommes constitué par Alphonse Vaudron cultivateur à Saint-Cyr-la-Rosière (Orne) avec l’aide de Germain Braux et de Louis Raoult ». Et c’est ainsi que cet étranger dont ne savons presque plus rien est mort avec ses camarades de la Résistance pour libérer le territoire français.
Transcription :
N°17. Décès de Inconnu
Le 4 août 1944, onze heures, un individu du sexe masculin, de nationalité russe, dont l’identité n’a pu être établie, est décédé au lieu-dit Les Corbinières. Le signalement est le suivant : trente-deux ans environ, taille un peu au-dessous de la moyenne, barbe et cheveux châtains, le corps et les vêtements ont été carbonisés. Dressé le cinq août mil neuf cent quarante quatre, dix heures, sur la déclaration de Camille Lesueur, quarante et un ans, cultivateur domicilié en cette commune lieu dit Deux-Champs, qui, lecture faite, a signé avec Nous, Paul, Victor Yvon, Maire d’Appenai-sous-Bellême.