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L'attentat contre les locaux de la Légion Tricolore à Flers

  • Usage pédagogique Usage pédagogique
  • Date du document : 18/10/1942
  • Référence : Arch. Dép. Orne, 2 Num/2 W 001
  • Matière(s) : Histoire
  • Auteur(s) : René Kettner
  • Lieu(x) : Flers
  • Période(s) : De 1914 à nos jours
  • Type(s) de document : Photographie

Présentation :

Ce document est une photographie de la vitrine du bureau de la Légion Tricolore de Flers prise le 18 octobre 1942 après l’attentat qui l’a endommagée la nuit précédente. Cette attaque a été menée par le groupe des FTP de Flers dirigés par Paul Saniez, qui compte de nombreux Espagnols. Si on ne peut affirmer que ces derniers ont effectivement participé à cette opération, cela reste tout à fait possible. Il est très probable en outre que ce soient les Espagnols qui aient fourni les explosifs.

L’éphémère Légion Tricolore est visée par la Résistance car elle symbolise la collaboration. Cette organisation dérive de la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF), créée en juin 1941, après l’attaque de l’URSS par la Wehrmacht, par Jacques Doriot, Eugène Deloncle, Marcel Déat et Pierre Constantini, des personnalités très engagées dans la collaboration et la lutte contre les communistes. La LVF recrute des Français pour combattre au service des Allemands ; le premier contingent est engagé sur le front de l’Est à l’automne 1941. L’association, de droit privé, installe des bureaux de recrutement sur tout le territoire : ceux d’Alençon, Flers et L’Aigle ouvrent en 1942 mais ne rencontrent pas un grand succès. On ne comptera que 56 engagés dans le département. En juin 1942, Vichy tente de prendre le contrôle de l’organisation qui devient alors la Légion Tricolore. L’objectif est d’en faire une force supplétive de Vichy. Mais la tentative tourne court car les Allemands n’acceptent pas le projet. La Légion Tricolore est donc dissoute en décembre 1942 et ses membres rejoignent la LVF.

Quel que soit son nom, cette organisation collaborationniste et résolument anticommuniste constitue une cible privilégiée pour la Résistance communiste qui s’attaque donc à ses locaux dans la nuit du 17 au 18 octobre. Selon le rapport de police (téléchargeable ci-dessous en version pdf) auquel est jointe cette photographie, le contexte de l’automne 1942 contribue aussi à expliquer cette attaque. En effet, depuis le mois de septembre, une loi de Vichy, adoptée sous la pression allemande, introduit une conscription obligatoire pour les hommes de 18 à 50 ans et les femmes célibataires de 21 à 35 ans, qui permet la réquisition de la main d’œuvre en zone occupée. Cette étape vers la création du Service du Travail Obligatoire (février 43) est très impopulaire. Dans ce contexte, en ciblant cette officine de recrutement, les résistants flérois pouvaient compter sur le soutien d’une partie de l’opinion publique.

La police de Vichy d’ailleurs ne s’y trompe pas. En effet, comme on peut le constater sur la photographie, les dommages infligés au local sont assez modestes : une porte cassée et des vitres brisées. Mais l’opération cherche avant tout à marquer l’opinion publique. D’une part, elle montre que la Résistance existe et qu’elle agit malgré un contexte militaire encore très sombre pour les Alliés pendant cet automne 1942. D’autre part, elle avertit les collaborateurs qu’ils ne sont pas à l’abri de représailles. Ainsi, quelques jours plus tard, c’est la mercerie Lemonnier, à Flers, tenue par la mère d’un membre important d’un parti collaborationniste (le PPF, Parti Populaire français) qui est visée par un attentat semblable. Par conséquent, les moyens mobilisés par la police pour mener l’enquête sont importants. L’inspecteur Kettner, en charge des questions politiques aux Renseignements Généraux d’Alençon reçoit le soutien (ou la supervision ?) des cadres régionaux de la police judiciaire qui font le déplacement depuis Rouen. De nombreuses perquisitions sont menées dans les milieux communistes mais ne permettent pas d’identifier les responsables qui continueront à mener des opérations contre les intérêts allemands, contre Vichy et contre les collaborateurs locaux.

D’après le rapport de police, les explosifs utilisés sont « d’un type identique à celui employé dans les mines et les carrières. » Or, on sait par le rapport de Paul Saniez, le chef des FTP de Flers, que les résistants communistes de la région sont alimentés en explosifs par les Espagnols de Saint-Clair-de-Halouze et de Ger. Cette action est donc probablement à mettre à leur crédit, directement ou indirectement.

  • AD 61 _ 1 W 80 _ attentat Légion tricolore Flers.pdf

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Thématique(s) :
Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire