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Jan Wensierski, "malgré-nous" polonais mort pour la France dans le maquis de Courcerault

  • Usage pédagogique Usage pédagogique
  • Matière(s) : Histoire
  • Auteur(s) : auteur inconnu
  • Lieu(x) : Condé-sur-Sarthe , Courcerault , Mortagne-au-Perche
  • Période(s) : De 1914 à nos jours
  • Type(s) de document : Photographie

Présentation :

Ce document est associé à un épisode célèbre et dramatique de la Résistance dans l’Orne, à savoir l’attaque par les Allemands du maquis de Courcerault le 5 juin 1944 et l’exécution de tous ses membres à Condé-sur-Sarthe le 30 juin. Tous, sauf un, mort au cours de l’attaque, un étranger complètement oublié.

Sa photographie, que nous présentons ici, est issue d’un fonds des Archives départementales qui rassemble des documents produits par les services de l’Etat (police et justice) chargés de mener des enquêtes dans le cadre de l’Epuration. Après la Libération, dès l’automne 1944, les autorités lancent de très nombreuses procédures pour sanctionner la collaboration des Français et, dans une moindre mesure, les crimes commis par les forces d’occupation allemande.

La photographie montre un homme souriant, vêtu d’un uniforme allemand, qui prend la pose dans un jardin à côté d’un âne. Une inscription sur la photographie nous apprend toutefois qu’il n’est pas un soldat allemand mais « « l’officier polonais Wensierski. » La photographie est jointe à un procès-verbal de gendarmerie (téléchargeable ci-dessous au format pdf) établi le 15 mars 1945. Il rapporte le témoignage de Marie-Jeanne Keraën ; c’est elle qui a donné la photographie aux gendarmes, lesquels cherchaient alors à retrouver le corps de Jan Wensierki, disparu lors de l’attaque du 5 juin.

Ce témoignage est, à notre connaissance, la seule source primaire conservée aux Archives au sujet de Jan Wensierski. On y apprend donc qu’il serait né à Starogard (probablement Starogard Gdanski, au Sud de Gdansk), en Poméranie (Pologne). Or, en 1939, après la victoire allemande contre la Pologne, la Poméranie est annexée au Reich. On peut donc supposer que, comme des dizaines de milliers d’autres « malgré-nous » polonais, Jan Wensierski est alors recruté de force dans la Wehrmacht. Le rapport indique que son régiment, qui compte de nombreux Polonais, stationne à Mortagne-au-Perche pendant l’été 1943. C’est à cette occasion sans doute que Jan Wensierski noue des contacts avec Pierre Keraën, le fils de Marie-Jeanne. Ce jeune commis boucher est un membre de la Résistance locale. Marie-Jeanne raconte que, lorsque Jan Wensierski déserte, à Saint-Etienne, c’est Pierre qui va le chercher et le ramène dans l’Orne. A partir du 15 janvier 1944, il vit caché chez les Keraën, à Loisé, un hameau près de Mortagne. La famille gardera longtemps dans le salon un double de la photographie donnée aux gendarmes.

Le témoignage de Marie-Jeanne Keraën évoque également le retour à Mortagne, après la Libération, des dépouilles des jeunes résistants fusillés à Condé. Son fils est parmi eux mais les « corps sont méconnaissables » et personne à Mortagne ne sait ce qu’il est advenu de Jan Wensierski. D’autres sources cependant nous permettent de combler quelques lacunes. Ainsi, l’histoire du maquis de Courcerault est plutôt bien connue. Il se constitue à la fin du mois de mai, formé de jeunes réfractaires et résistants normands et parisiens ; Pierre Keraën et Jan Wensierski sont parmi eux. Ils sont sous l’autorité de Pierre Mulot, un résistant de la première heure, ancien du réseau Hector. Les maquisards occupent l’Hôtel Garnier, une bouverie abandonnée en lisière du bois de Sublaine. Ils disposent d’un petit stock de munitions et d’armes. Jan Wensierski se charge de leur instruction militaire. Malheureusement, suite à une imprudence d’un membre du groupe, Bernard Jardin, chef des auxiliaires français du SD dans l’Orne, apprend l’existence du maquis. Les services allemands organisent alors une opération qui entraîne plusieurs arrestations le 4 juin au soir puis l’attaque du maquis le 5 vers 8 heures. Après quinze minutes d’affrontements, les maquisards se rendent. Gravement blessé au ventre, Jan Wensierski est porté au dehors par ses camarades puis transporté à l’hôpital d’Alençon où il meurt à 23 h 35. Son décès est enregistré sous X à l’état civil (voir document en pdf ci-dessous) ; son corps est enterré dans une fosse commune du cimetière Saint-Léonard d’Alençon. 

Une rue à Mortagne commémore les fusillés de Courcerault et l’on trouve à Condé-sur-Sarthe, sur le site de la Galochère où ils furent exécutés, une stèle qui porte leurs noms. Mais Jan Wensierski, ce Polonais mort pour la libération du territoire français, à des milliers de kilomètres de chez lui, reste oublié des monuments et des commémorations.

Thématique(s) :
Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire