Henri Roegels, un antinazi Allemand dans la Résistance ornaise
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Usage pédagogique
- Date du document : 31/03/1949
- Référence : Arch. Dép. Orne, 1 W 39
- Matière(s) : Histoire
- Auteur(s) : Ministère de l'Intérieur
- Lieu(x) : Courtomer
- Période(s) : De 1914 à nos jours
Présentation :
Ce document permet de reconstituer à grands traits le parcours d’Henri Roegels, un soldat allemand qui termina la guerre dans les maquis de la Résistance ornaise. Il s’agit du compte-rendu d’une enquête menée à son sujet en 1949 par la DST (Direction de la Surveillance du Territoire), le service de police chargé du contre-espionnage (ancêtre de l’actuelle DGSI). La DST s’inquiète alors tout particulièrement de l’activité des ressortissants des anciennes puissances de l’Axe sur le territoire français. Le cas d’Henri Roegels attire son attention en février 1948 car la gendarmerie de Courtomer a découvert qu’il utilisait de faux papiers ; dès lors, selon le rapport, « son activité après la Libération pouvait être suspecte. »
Autant le dire tout de suite : l’enquête conclut qu’il n’y a rien de suspect dans le parcours d’Henri Roegels. On pourrait bien plutôt affirmer que l’on y trouve les signes d’une constante hostilité au nazisme. Premier indice : l’enquête nous apprend qu’en avril 1933, Henri Roegels, âgé de 20 ans, entre à l’école de police de Bonn, ville située à cette époque dans le land de Prusse. Quelques mois plus tard, affecté dans la police du land, il démissionne. Or, la police du land de Prusse était un des tout premiers bastions nazis ; dès 1934, elle est purgée de tous les fonctionnaires jugés proches des partis de gauche. Henri Roegels obtient ensuite un emploi de comptable dans la police de Coblence (land de Rhénanie). Deuxième indice : en septembre 1937, profitant d’un congé, il tente de s’installer en Grande-Bretagne où il a des amis. Mais il n’obtient pas l’autorisation de rester sur le territoire britannique. Troisième indice : après son retour en Allemagne, il est surveillé par la gestapo, arrêté pendant deux jours puis licencié. Quatrième indice : à Baumholder, une altercation avec un « chef nazi local » (p. 3) lui vaut six mois de prison. Derniers indices, plus ténus : ses prénoms français (Henri, Pierre), ses amis en Grande Bretagne et sa maîtrise de l’anglais et du français semblent indiquer une ouverture sur l’étranger peu appréciée par le nationalisme xénophobe du IIIe Reich. Ces différents éléments, et tout particulièrement sa tentative d’émigration, nous amènent à penser que Henri Roegels était un antinazi même si rien dans le rapport ne signale un engagement politique ou syndical. Son attitude pendant la guerre confirme cette hypothèse.
D’après les informations du rapport, il a été affecté pendant le conflit à des unités logistiques. Alors que son régiment séjournait à Bordeaux, il rencontre Annie Lauterborn, une Allemande devenue française par un précédent mariage. Elle devient sa concubine. En mars 1944, à Bagnoles-de-l’Orne, il « fait connaissance avec Laborde Henri, chef départemental du réseau Vengeance » et « lui fait part de son désir de déserter » (p. 3). En réalité, le nommé « Henri Laborde » ne semble pas avoir joué un rôle aussi important dans l’organigramme de Vengeance dans l’Orne, mais c’est un résistant incontestable. Surtout, il est intéressant de noter que, à moins qu’il ne s’agisse d’un homonyme, Henri Laborde s’appelle en réalité Karl Wahl et c’est un Allemand hostile au nazisme réfugié en France. Les deux hommes avaient donc de bonnes raisons de s’entendre. Henri Laborde demande à son compatriote de différer sa désertion afin de fournir à la Résistance des informations sur les mouvements de l’armée allemande. C’est ce que fera Roegels jusqu'au 6 juillet 1944, date à laquelle il déserte et rejoint la clandestinité. Au cours de l’été 1944, il poursuit son travail de renseignement et participe à des opérations contre les troupes d’Occupation. C’est ainsi qu’il est gravement blessé dans un accident de voiture. Pour lui, la guerre se termine à l’hôpital d’Alençon dont il sortira « physiquement diminué » (p. 4) et psychologiquement éprouvé.
La suite de son parcours, après la Libération, nous concerne moins. On lira cependant dans le rapport (p. 4) que le colonel Albert de Pelet, cadre du réseau Vengeance dans le département, a certifié son activité de résistant. Pourtant, Henri Roegels est regardé avec méfiance par les habitants de Courtomer et il ne parvient pas à obtenir sa naturalisation, ce qui motive son expulsion, ainsi sans doute que les violences commises contre sa concubine. Le rapport conclut qu’il « est réel qu’il a rendu de grands services à la Résistance par les renseignements fournis et la part qu’il a pris à plusieurs coups de main » (p. 4). Le cas particulier d’Henri Roegels nous permet donc d’illustrer l’engagement de nombreux Allemands dans la Résistance au nazisme, que ce soit en Allemagne ou dans les territoires occupés par la Wehrmacht.
AD 61_ 1W39 _ Roegels Henri.pdf